tu es du Mans quand tu n'ignores pas qu'une

mancelle

n'est pas une habitante du Mans (sinon le mot débute par une majuscule), mais une

habitation

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imaginée par Monsieur Mancel il y a environ 150 ans,

c'est une maison de citadin, où tout tend à l'utilité, qui a toujours la cote comme le démontre l'article publié ce mardi dans le journal Le Maine qui rend hommage à cette architecture locale.

Dans son article la journaliste Frédérique Bréhault, nous dit que

"les mancelles sont au Mans ce que la chair est à un squelette"

Accrochées au réseau des rues, elles dessinent la silhouette de la ville, structurent la plupart de ses quartiers.

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Les mancelles peuvent être simples, petites ou doubles et masquent derrière leurs façades de petits jardins contraints par des parcelles en lanières.

La mancelle simple ou "grande" mancelle est la plus commune. Elle se caractérise par ses 2 ouvertures sur la rue : porte d'entrée et fenêtre

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un étage surmonté de combles parfois aménagés.

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Au rez-de-chaussée, un couloir dessert les 2 pièces disposées du même côté : salle à manger et salon, prolongées dans la cour par une cuisine et une buanderie.
A l'étage 2 chambres et une salle d'eau. Les sanitaires à l'origine, étaient extérieurs à la maison, au fond du jardin.

La "petite" mancelle, plus rare est conçue sur le même plan, l'étage en moins. La pièce donnant sur rue servait de chambre et celle sur jardin, de salle à manger.

La mancelle "double" est plus large et spacieuse, c'est celle des notables. Elle bénéficie de 3 ouvertures par niveau. Au rez-de-chaussée, la porte est encadrée de part et d'autre par une fenêtre. Le couloir placé au centre, distribue les pièces de chaque côté. A l'étage, les 3 fenêtres correspondent à au moins 3 chambres. Ce modèle bénéficie de combles souvent aménagés qui permettent d'obtenir 6 pièces habitables.

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L'architecte Gérard Frédéric mentionne que la plupart des mancelles possédaient des lambris à mi-hauteur, qui servaient à masquer les problèmes d'humidité. Chaque pièce possédait sa cheminée. L'entrée était pavée de carreaux de ciment peint, qui, tout comme les lambris, ont souvent disparus après les travaux de rénovation. Un parquet habillait les autres pièces à vivre.

Autres caractéristiques, les rosaces et les frises qui ornent les plafonds, ou encore la porte d'entrée en bois plein avec une imposte à un ou deux carreaux éclairent le couloir. Parfois, au bout du corridor, une porte r décorée par des vitraux précéde l'escalier.

La maison a une étroite profondeur prolongée par un terrain. La largeur moyenne des mancelles, tient en 6 mètres. La superficie au sol est d'environ 50 m2 et la bande du jardin s'étend sur 100 à 200 m2, avec aux origines une vocation potagère.

Ce type de maison qui doit son nom à l'ingénieur Mancel, a épousé la croissance économique du Mans dans la seconde moitié du 19e siècle. L'ouverture de la ligne de chemin de fer Paris-Le Mans en 1854, les premières fonderies, l'implantation des usines Carel et Fouché, de la Manufacture des Tabacs, stimulent l'activité et attirent des habitants souvent venus des campagnes environnantes.

"La mancelle offre un bâti urbain uniforme qui borde les rues" souligne Gérard Frédéric architecte qui connaît les mancelles par coeur.

L'autre avantage, d'ordre financier, permet à des familles d'employés ou d'ouvriers de posséder une maison sur une petite parcelle.

Le jugement du géographe Jean Gouhier (1925-2015)  éclaire cette composition urbaine propre à la préfecture sarthoise et à son agglomération :

"La mancelle correspond au tempérament manceau. Resté foncièrement rural, il est casanier et cultive son jardin"

Un siècle et demi plus tard, les mancelles restées dans leur jus se comptent sur les doigts des deux mains !

Peut-être la Maison France 5, venue tourner au Mans début septembre, nous fera visiter une de ces mancelles ? l'émission devrait être diffusée le 26 octobre.

Si le sujet vous intéresse, comme moi, nous pouvons encore découvrir

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la rénovation d'une mancelle double sur le blog

Flexion

de Marie la bâtisseuse.