Dans mes années d'enfance, le dimanche avait une grande importance.

Le samedi soir nous allions aux bains douches, établissement qui se situait à deux rues de chez nous très fréquenté, peu de logements encore à cette époque disposaient d'une salle de bain, tout juste un cabinet de toilette doté d'un lavabo.

Chez moi, c'était toilette à l'évier de la cuisine, dans une cuvette, l'eau ayant chauffée dans une bouilloire sur le coin de la cuisinière à charbon tout au long de la journée ; si la cuisine était grande certains posaient une grande bassine en zinc sur le sol pour que les enfants s'y baignent.

Donc, quand nous étions tout propre, le lendemain nous pouvions revêtir nos "habits du dimanche",

 

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moi à gauche vêtue d'un manteau en velours rouge, bonnet, chaussures, chaussettes et sac blancs, quel chic ! et mon cousin à droite avec ses chaussures bien cirées et sa culotte courte.

 

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robe d'été blanche bordée bleue, gants en dentelle que j'ai toujours

 

et partir, mon père et moi (lui ayant revêtu un pantalon et une veste de velours marron, une chemise de couleur pâle unie et une cravate, les chaussures en cuir fin bien cirées, les cheveux légèrement passés à la brillantine mode de l'époque) au marché d'Asnières, place des Victoires (qui existe toujours)

 

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cartes postales anciennes du marché de la place des Victoires à Asnières

pour y acheter l'entrée de notre repas du dimanche : mes parents appréciaient les crustacés et selon les saisons, notre sac se remplissait de crevettes, des bouquets bretons s'il vous plaît, ou des crevettes grises vivantes que nous passions à la poêle dans un peu de beurre, un délice, c'était croustillant, on mangeait tout sans même les décortiquer.

Nous avions le choix : huîtres, palourdes, coquilles St-Jacques (pas 36 recettes pour elles : ail persil, beurre, au four de la cuisinière à charbon, simple et bon), bigorneaux, amandes, oursins, étrilles, tourteaux, ou araignées et même des ormeaux ! et tout ceci ne coûtait pas cher puisque nous pouvions nous les offrir, mon père était maçon, ma mère femme de ménage, oui voilà ce que l'ouvrier se permettait le dimanche. Aujourd'hui tous ces produits sont devenus si coûteux que je n'en déguste que très très très rarement.

Parfois aussi nous avions choisi des escargots de Bourgogne, des beaux, des vrais quoi ! on n'avait pas de doute sur ces petites bêtes et leur provenance !

Papa terminait les courses en prenant une belle botte de cresson qui devait accompagner le traditionnel poulet rôti du dimanche. Il n'oubliait pas non plus le petit bouquet d'anémones et mimosas pour maman "que c'était moi qui lui donnait".

Mais avant de rentrer à la maison pour le déjeûner, il y avait un autre rituel, un rendez-vous dominical incontournable chez "Gaston" un bistrot de la Place Voltaire, où nous retrouvions ma grand-mère et un autre de ses fils, mon oncle Julien, pour y prendre un petit apéro. A l'époque, on ne prenait pas l'apéritif à la maison, et c'était l'occasion pour eux de se raconter les dernières nouvelles. Moi je prenais une grenadine ou un diabolo menthe.

 

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carte postale ancienne Place Voltaire, petite flèche où était ce bistrot 

 Ma mère s'était chargée le samedi de trouver, sur son marché préféré des Grésillons toujours à Asnières, le poulet que nous dégusterions. Lui par contre, le poulet, il était assez cher, une gourmandise, un petit luxe du dimanche quoi ! Maintenant, c'est le contraire, le poulet est devenu un plat de semaine tout banal... il fallait nourrir les familles et les batteries d'élevage de volaille sont vite arrivées, certains se rappelleront du poulet aux hormones...

Et pour cuire le poulet, mes parents, un jour qu'ils visitèrent le salon des

 

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s'étaient équipés d'une rôtissoire électrique

 

 

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de marque Cadillac comme celle ci-dessus : on embroche le poulet, la rôtissoire chauffe régulièrement et tourne, la graisse fond, le jus tombe, la peau croustille, et la chair prend un goût remarquable ! hummm comme il était bon ce poulet rôti.

 

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Il n'était pas rare que les plombs sautaient si un autre équipement électrique était branché pendant qu'elle tournait.

Pour le dessert du dimanche, pas de pâtisserie maison car le four à gaz que nous avions fonctionnait mal et maman ratait toujours les gâteaux, alors, on me donnait des sous et pendant que les parents dégustaient le fromage, je descendais quatre à quatre l'escalier et courais chez le boulanger en bas de chez nous, acheter un millefeuille pour papa, un éclair au café pour maman et une religieuse au chocolat pour moi.

Mon père ne fumait pas, mais de temps en temps il appréciait un petit cigarillo après le repas, allez hop après les gâteaux, on m'envoyait au bureau de tabac acheter 1 cigarillo qui se vendait au détail.

Après ce bon repas, papa faisait une petite sieste, puis arrivait la promenade du dimanche, tous les deux encore (ma mère se reposait et tricotait à la maison). Nous longions les bords de Seine, entrions au cimetière des chiens ou passions dans les parcs du Château où je donnais du pain aux canards, Joffre où il y avait des balançoires et un marchand de glaces ou marrons selon la saison, de la Mairie où nous regardions jouer aux boules mon oncle René qui habitait à côté.

 

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carte postale ancienne du parc de la Mairie

 

 

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carte postale ancienne de ce jeu de boules du parc de la mairie 

Comme nous étions à côté de chez mon oncle et ma tante, nous allions leur dire un petit bonjour.

 

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c'était là où il y a une flèche rouge

Je jouais avec ma cousine et mon cousin, parfois aussi un autre cousin (celui de la 1re photo qui débute ce billet) était là avec ses parents, car, il faut vous dire qu'un poste de télévision était arrivé dans ce foyer. Nous jouions nous les enfants dans le jardin, sous la tonnelle où les grands-mères se retrouvaient, les adultes conversaient, jusqu'à 17 h où la lucarne magique ouvrait son programme du dimanche avec un film (un western souvent), un théâtre de la jeunesse, que toute la famille suivait avec attention.

Puis chacun s'en retournait à la maison tout en sachant que dimanche prochain nous nous retrouverions avec le même plaisir.

Certains dimanches aussi, mes parents et moi allions au cinéma voir le dernier film en "technicolor", il y avait les informations de la semaine pour commencer, puis un entracte où un comique, un chanteur, un jongleur, nous amusaient, des esquimaux pour nous régaler, enfin le grand film.

Les dimanches de printemps ou d'été, mes parents m'emmenaient prendre l'air à Garches dans la forêt. Nous garnissions un panier de victuailles, prenions le train, et passions une journée dans la nature.

Les dimanches étaient agréablement occupés, un petit tour de manège comblait les enfants point de parcs de loisirs où l'on dépense encore et encore pour amuser nos petits. Des loisirs, des dimanches simples qui m'ont laissé de jolis souvenirs.